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ET JE DANSE AUSSI (ANNE LAURE BONDOUX, JEAN CLAUDE MOURLEVAT)

et je danse aussi

Anne Laure Bondoux

Jean-Claude Mourlevat

 

Editions Fleuve, 2015, 280 pages

4ème de couverture: La vie nous rattrape souvent au moment où l’on s’y attend le moins.

Pour Pierre-Marie, romancier à succès (mais qui n’écrit plus), la surprise arrive par la poste, sous la forme d’un mystérieux paquet expédié par une lectrice. Mais pas n’importe quelle lectrice ! Adeline Parmelan, « grande, grosse, brune », pourrait bien être son cauchemar… Au lieu de quoi, ils deviennent peu à peu indispensables l’un à l’autre. Jusqu’au moment où le paquet révèlera son contenu, et ses secrets…

Ce livre va vous donner envie de chanter, d’écrire des mails à vos amis, de boire du schnaps et des tisanes, de faire le ménage dans votre vie, de pleurer, de rire, de croire aux fantômes, d’écouter le Jeu des Milles Euros, de courir après des poussins perdus, de pédaler en bord de mer ou de refaire votre terasse.

Ce livre va vous donner envie d’aimer. Et de danser, aussi !

 

P8 bien qu’étant l’une de vos admiratrices, je crois pouvoir affirmer que je ne suis pas une lectrice comme les autres.

P8 Chère Madame Parmelan, si je n’ai pas ouvert votre enveloppe, c’est parce que j’aime choisir moi-même mes lectures. C’est aussi en effet parce que j’ai appris avec le temps à ne pas me disperser. Il m’est arrivé une seule fois d’engager une correspondance avec une lectrice..

P17 je suis arrivé à écrire quelques romans lisibles, soit, mais s’il vous plait ne me demandez pas comment j’ai fait! Si écrire était facile à expliquer, ce serait aussi facile à faire, alors que c’est difficile.

P19 je ne connais rien à la création. C’est un domaine mystérieux, réservé à une catégorie d’humains dont je ne fais pas partie. Je me situe de l’autre coté, dans la salle, pas sur la scène. Du coup je ne comprends pas que vous détestiez cette liberté dont vous jouissez… Alors monsieur l’écrivain célèbre, dites-moi ce qui vous empêche de faire galoper vos chevaux !… les écrivains sont naturellement timides, il me semble, sinon ils seraient chanteurs de rock ou acteurs…

P21 Vous écrire me soigne. Seriez-vous plus efficace qu’une tisane ?

P21 Savez-vous qu’il existe de par le monde quantité d’écrivains dont le seul tort est de n’avoir jamais rien écrit ? J’ai la conviction qu’on croise au quotidien ou presque des Proust, des Kafka, des Faulkner qui ne le savent pas et qui restent agents immobiliers, professeurs de judo ou moniteurs d’auto-école…

P26 la vie est un enchainement, et tout se tient, comme dans les meilleurs de vos livres !

P27 vous avez bien fait de vous enfuir, même si j’ai toujours du mal avec les hommes qui partent…

P27 je suis flattée que vous me trouviez un brin de plume, comme on dit. Mais je me défends d’être une créatrice. Tout ce que je vous raconte n’est que du réel, c’est plus facile. Je suis incapable d’imaginer une situation, des personnages…

P29 vous l’auriez préféré fidèle à une femme non aimée, malheureux, éteint (parle du père d’elle qui a quitté sa femme pour un autre homme)

P30 mon père est mort en 1987 d’une attaque cardiaque. Belle mort, comme on dit. Hop, là, bonsoir tout le monde ! Pas de longue maladie, pas d’hôpital, pas de rémission, pas de rechute, pas de blouse ouverte à l’arrière et qui montre les fesses, pas d’opération sous anesthésie générale, pas de réveil avec la main blanche et maigre dans la votre ça s’est bien passé, tout va bien papa. Non, rien de tout ça. Mon père s’est lentement affaissé…

P35 Un jour, je vous expliquerai pourquoi je préfère cent fois les enterrements.

P36 mais savez-vous que le lecteur se contrefiche de la réalité, il veut juste que cela l’intéresse. Et ce que vous m’écrivez m’intéresse.. Neuf raisons de trouver que la vie est belle ?

P36 je vous raconterai (ou pas, parce que j’ai comme l’impression que nous remettons sans cesse questions et réponses, et que ça s’accumule…)

P38 votre vie m’a l’air si remplie, si pleine !… Vous traversez votre désert, je traverse le mien. Nous souffrons séparément, nous luttons avec nos démons, et c’est justement notre solitude qui nous rapproche..

P43 non je ne corresponds avec personne d’autre que vous, et cet échange que nous avons compte beaucoup pour moi. Il n’est comparable à rien d’autre que j’aurais déjà expérimenté… Avez-vous vu les tartines que nous nous adressons ?... Lorsque j’écris un roman, je m’efforce d’y mettre de la cohérence, de la structure. Ici, au contraire, je peux me promener selon mon humeur et la votre, je peux oublier mes poussins en route et les récupérer la fois suivante, ou pas. Je ressens une liberté grisante. Ça part dans tous les sens et cette accélération, ce désordre me plaisent. J’aime aussi cette parcimonie avec laquelle vous me donnez à voir qui vous êtes… et il y a cette salle commune au rez-de-chaussée, seul endroit où il est possible de se connecter…

P45 vous n’appartenez pas à cette catégorie d’hommes qui refusent à tout prix leur part de féminité ;.. Un homme qui avoue sa timidité… ne peut pas être un macho. Je suis peut-être naïve, mais il me semble que l’écriture réclame une certaine humilité et que les écrivains sont toujours amenés à avouer leurs faiblesses, leurs failles, leurs blessures. La matière première de l’écriture doit venir de là, non ? De ces trous de l’âme d’où s’écoulent nos souffrances..

P47 alors, cher Pierre Marie, est-il stupide de croire que votre traversée du désert coïncide avec un tournant dans votre vie affective ? Vous prêtez même du mépris à votre chat, c’est dire si vous nagez en pleine crise existentielle !

P49 je termine par.. une recette de tisane magique contre les courbatures qui vous mettent le corps en charpie : prèle, cassis, feuilles de frêne et camomille, à raison de 50g par plante, vous mélangez et noyez d’eau bouillante. Essayez, vous serez un homme neuf !

P52 Dire qu’elle louchait serait exagéré et dire qu’elle ne louchait pas serait faux. Or j’ai toujours aimé (en plus de leurs fesses) les femmes qui ont, comment dire ? Quelque chose qui cloche ; Cela peut être une claudication, une infirmité, une cicatrice, une brulure visible, une difficulté d’élocution. Pourquoi ? Je ne sais pas l’expliquer.

P53 personne ne peut imaginer une seconde dans quelles conditions j’ai extirpé ce roman de moi-même (prix Goncourt 2005), ni où j’ai dû me réfugier pour le faire. J’ai écrit dans les trains, les chambres d’hôtel mais surtout (mon bureau ayant été transformé en chambre) : sur une table de la cuisine, sous la table de la cuisine, couché dans mon lit, assis sur mon lit…

P54 j’ai l’impression de vous avoir écrit ça au moins trois fois déjà, que je vous raconterais quelque chose à l’occasion, cela commence à en faire, des poussins perdus en route)…

P55 Véra a changé cet automne là, et cela a continué pendant l’hiver. Pas dans son comportement. Elle a continué d’être ce qu’elle avait toujours été : attentive, généreuse, tendre et fougueuse.. Un voile est descendu sur elle..

P57 cette lettre n’en finit plus. Je suis désolé. Et elle est absolument auto-centrée. J’ai honte. Je vous ai abandonnée à votre solitude, votre crise, à votre minuscule rente et je vous ai raconté ma piscine, mon Goncourt et mon malheur. La prochaine fois, c’est promis, je m’oublie !

P61 je vais relire votre Goncourt en y cherchant la trace de cette femme que vous avez tant aimée : je suis sure qu’elle se dissimule derrière chaque ligne. Et en plus, je vais m’amuser à traquer les passages que vous avez pu écrire enfermé dans vos toilettes

P64 je ne serais jamais remonté de cet abysse (d’avoir appris qu’elle avait perdu son bébé de 17 jours). Ou bien alors peut-être en essayant de transposer cette souffrance dans mon écriture. L’art peut transcender, sublimer,  nos malheurs devenant notre matière première…

P65 un jour à l’occasion d’une table ronde en public, j’expliquais que longtemps je m’étais refusé à écrire certaines choses, sexuelles en particulier, de peur que mon père les lise. Mais une fois mon père mort, j’ai eu peur que ma mère puisse les lire. Et quand elle est morte à son tour, je suis passé aux enfants : que penseraient-ils de leur père s’ils lisaient ça ! A ce moment une auditrice m’a lancé : oui, et que penseraient vos lecteurs ? Elle avait raison. Mon argument ne tient pas ! Le problème est avec moi-même. Trop bien élevé, je vous dis !

P66 vous êtres un incorrigible écrivain !… même en pleine pétole créative, vos continuez de voir le monde, la vie, les gens, à travers le filtre du roman… Vos multiples épouses ne vous ont-elles jamais dit qu’il y a une énorme différence entre les personnages et les vrais gens ? Tant que vous êtes en train d’écrire, vous avez tous les pouvoirs, d’accord. Mais dans la réalité, vous n’en avez pas plus que n’importe qui. Alors n’essayez pas de me créer une vie de rêve avec l’héritier des ciments Lafarge…

P70 je lui confie des choses que je n’ai pas dites à plus de trois personnes dans ma vie, et elle fait de même ; il est rare que deux jours s’écoulent sans que nous nous écrivions… Elle écrit avec simplicité, sans recherche d’effets, et ça me plait beaucoup, un peu comme ces femmes qui sont belles et qui ont l’air de ne pas le savoir, tu vois ?

P78 moi un bourreau des cœurs ? Laissez-moi rire ! Mon cœur est en piteux état, je vous le rappelle./ Je commence à croire que vous aimez votre malheur, Pierre Marie/ Vous m’accusez de complaisance, c’est ça ?/ en fait je viens de relire votre Mélodie du crépuscule. Je tremble à l’idée que vous finissiez comme votre Edmond./ Aucun risque. Je vous l’ai dit : je suis beaucoup trop raisonnable pour sombrer dans la folie./ il n’y a que les fous pour se croire raisonnables, Pierre Marie…

P86 je vous ai sans doute en effet décortiquée et manipulée comme un personnage, mais savez-vous que je m’inflige à moi-même sans cesse le même traitement ? Et c’est sans doute ce qui m’a permis de traverser la vie sans trop de dommages. En même temps que je vis mes plus grandes peines, mes plus grands malheurs, il y a en moi cette consolation ultime : je pourrai les écrire. Je pourrais les transfigurer et en faire la matière de mon art. Et trouver une jouissance en le faisant bien. Ma première raison de vivre est dans l’écriture.

P93 Un comédien doit être à 90% dans son corps et à 10% dans sa tête, c’est connu, or chez moi, c’est précisément l’inverse.

P93 d’ailleurs, est-ce que la bonne littérature n’est pas justement là, dans le contournement ? Si, bien sur qu’elle est là !

P98 j’en arrive à me demander si je n’ai pas accepté de sortir avec mon banquier uniquement dans le but de vous divertir ! Du coup, je me demande si c’est possible de vivre avec un écrivain sans être automatiquement menacé de « personnagification », pour continuer avec votre néologisme. Est-ce que Véra ressentait de telles choses ? L’angoisse de n’exister pour vous qu’au travers de la littérature ? ..

P107 Adeline, pensez-vous qu’un homme puisse vivre huit ans auprès d’une femme aimée, partager avec elle ses jours et ses nuits, prendre avec elle ses petits déjeuners, ses repas du midi et ceux du soir, faire les courses avec elle, aller au cinéma avec elle, commenter l’actualité avec elle, faire l’amour avec elle, prendre des bains de soleil avec elle, faire la sieste avec elle l’après-midi, parler de littérature avec elle, observer le chat et se moquer de lui, faire la cuisine, faire des quiches lorraines, presser des jus de fruits, changer les papiers peints d’une chambre, plier des draps, écouter de la musique dans la voiture la nuit en roulant, emmener avec elle un des enfants à l’hôpital, le veiller avec elle, le ramener quelques jours plus tard et fêter avec elle le retour de cet enfant à la maison, essayer des lunettes de soleil avec elle, l’emmener chez le coiffeur et l’attendre en marchant dans la rue que ce soit fini, l’appeler au téléphone pour lui dire qu’il est bien arrivé quand il s’en va quelque part, attendre son coup de téléphone à elle pour qu’elle lui des qu’elle est bien arrivée quand elle s’en va quelque part. Tout ça pendant des années. Et un jour s’apercevoir que sans doute elle le trompe ? Oui, sans doute qu’elle le trompe, puisqu’elle disparait sans rien dire à personne. Et elle ne dit rien à personne parce que c’est impossible à dire. Et qu’il vaut mieux juste partir plutôt que d’essayer de dire cette chose indicible. Pensez-vous, Adeline, qu’une femme peut avoir cette force de cacher si longtemps puis de partir comme ça ? Parle-moi… parce que si tu te tais, c’est moi qui vais parler, poussée par le silence, et ce que je te dirai renversera les murs et la maison tout entière. Je crois que le silence de ma maison est en train de me jouer des tours, ce soir, Adeline. J’appuie sur envoyer sans me relire…

P110 oui les femmes sont capables de cela. Tout autant que les hommes, ça vous étonne ?… Combien de couples, autour de vous, diront-ils souffert des infidélités de l’un ou de l’autre ? Pour ma part, dans la Sarthe, j’en connais un paquet ! J’ai même une amie dont les trois enfants ne sont pas du même père : elle est toujours mariée avec le même homme, mais leurs deux plus jeunes enfants sont ceux de son amant. Le mari fait comme s’il ne savait pas. Il a reconnu les trois, et il les élève, les nourrit, les abrite, avec la même constance. Quand à l’amant, ma foi, je crois qu’il est soulagé de ne pas avoir la responsabilité de ses deux rejetons, et tout le monde semble s’arranger de la situation. Je vous retourne la question que vous m’aviez posée au sujet de mon père et de sa « maitresse » espagnole : auriez-vous préféré que Véra continue de vivre près de vous avec son mensonge ? Auriez-vous fermé les yeux sur ses escapades, sur ses week-ends de formation, sur ses soirées entre copines ? En tout cas, elle n’a sans doute pas pu supporter cette duplicité. Je ne sais pas où est le courage, dans ces cas-là. Tout dire ? Se taire ? Rester ? Disparaitre ? Je ne suis pas à même de juger… Il me parait évident que c’est cette rage rentrée qui vous bloque.

P114 je vous ai déjà dit comment, depuis toujours, j’ai réussi à jouer à l’alchimiste, à tirer de mon malheur la substance de mon écriture, à transmuter mes souffrances pour en faire des objets littéraires et à les apaiser ainsi. Or, la disparition de Véra n’est jamais entrée dans ce processus.

P115 Adeline, je n’ai pas l’intention de faire de mon histoire foirée le centre de notre correspondance. Je ne veux pas nous imposer ça… Quand j’écrivais des romans, je m’engueulais souvent avec moi-même : stop ! Assez de psychologie ! Assez de drames ! De la légèreté, mon garçon ! Laisse donc entrer la vie là-dedans !

P140 quelque chose qui ressemble au sentiment amoureux. Vous savez : votre vie va son train, vous êtes dans une somnolence du corps et du cœur, et puis soudain quelqu’un apparait et vous apporte la révolution ; Vous n’êtes plus qu’impatience : je vais la revoir, elle va m’appeler, elle va m’écrire. Ça occupe tout votre esprit. Et comme l’autre vous aime en retour vous êtes dans la fièvre, dans cette fête. J’ai vécu cela cinq fois. J’ai pris feu cinq fois. La première, j’avais 15 ans et je n’étais pas à la hauteur… la cinquième fois, c’est autre chose, et le feu n’est pas éteint… La fête donc. La fête des cœurs et des corps. Ça dure ce que ça dure. Et puis les couleurs palissent, les lignes claires se brouillent. Viennent les malentendus, le doute, le ressentiment.. J’ai l’impression de vivre tout cela avec vous, en virtuel et en accéléré, mais avec toutes les nuances du processus, par exemple celle –ci : en vous écrivant, à l’instant, je fais comme si tout allait bien, de la même façon que les couples qui se séparent jouent, le temps d’un répit, sur l’oreiller ou non, la comédie de leur amour fini. Leur été indien vient. Encore une fois. Une dernière fois. Ils y ajoutent leurs larmes.

P141 Ceci dit, la littérature n’est que mensonge, enfin invention, ce qui est la même chose, l’invention étant un mensonge avoué par avance, non ?

P148 je n’arrive pas à appeler Lisbeth. Je crains, en le faisant, d’ouvrir grand ma porte alors qu’il y aurait un cyclone dehors : tout sera emporté, arraché, soufflé… Elle me fiche le trac ton amie. Les gens solaires m’intimident. J’ai peur qu’elle m’envahisse de sa santé, de sa bonne humeur, de son admiration…

P158 (Pierre marie à la fille de Véra, Gloria). Peut-être cet homme était-il connu de toi. Peut-être étais-tu déjà dans la confidence ? Une mère et sa fille. Véra et Gloria.

P170 je vous oubliais l’espace d’une heure ou deux, puis mes pensées revenaient mécaniquement, automatiquement, irrésistiblement vers vous, comme l’eau qui coule toujours dans la pente…

P179 mon pauvre vieux, je n’ai plus d’intimité depuis les années 70, et ça me fiche un sacré blues (le copain Max marié depuis toujours à Josy qui a voulu mettre Lisbeth dans les pattes de Pierre marie qui s’est défilé et tout le monde s’est fâché)… AU bout du compte, c’est curieux, je t’envie. J’envie ta liberté, le courage que tu as eu de quitter plusieurs fois tes femmes, et j’envie ce qui t’arrive depuis la disparition de Véra… Comment peut-on envier le malheur ? Et pourtant, je t’envie ces déchirements. Je t’envie même d’avoir couché avec l’autre hystérique ! Tout plutôt que cette paralysie où je suis. Il y a vingt ans que j’aurais dû quitter Josy. Mais tu me connais, je fanfaronne, je fais du bruit, je joue les matamores et c’est tout. J’ai aimé une autre femme, pourtant… tu imagines ? On s’est vus en cachette, quatre ou cinq fois seulement, mais quand j’y repense mon ami, j’ai presque une érection. Comme c’est loin tout ça ! Perdu, envolé, fini. Tu veux la vérité : je mène une vie triste, voilà. Ce n’est pas vraiment la faute de Josy. Ce n’est pas vraiment ma faute. C’est comme ça. Sauf que jusqu’ici, je n’osais pas me l’avouer à moi-même. C’est là que tout change, que tout déconne : j’ai pris conscience que je suis en train de crever d’ennui.

P182 si parfois tu te mets à la littérature sur tes vieux jours, tu liras « la plaisanterie » de Milos Kundera ou « pour un oui ou pour un non » de Nathalie Sarraute, et tu verras comment quelques mots ou même une simple intonation peuvent bouleverser des vies..

P183 est-ce que je pense que Josy sera soulagée de ne plus t’avoir sur le dos ? Non. Est-ce que je crois que tu saurais te débrouiller dans la vie, sans elle ? Non. Je crois que vous êtes faits l’un pour l’autre et que tu ne trouveras pas mieux… soyez fusionnels, d’accord, mais ne soyez pas fondus !… ton problème, Max, c’est pas Josy. Tu l’as très bien dit toi-même, c’est l’ennui…

P186 (à Lisbeth) Je n’aurais pas dû accepter de lire ton adaptation. C’est Josy qui m’y a poussé contre mon gré. Mon tort est d’avoir été faible. Ensuite, je me suis empêtré dans mes mensonges..

P193 un proverbe : « ce que tu as enterré dans ton jardin, ressortira dans celui de ton fils ». Parce que je suis le jardin où maman a enterré des choses (Gloria sur l’infidélité de sa mère et le fait qu’elle l’ait mise dans la confidence) 

P197 et puis un jour, elle m’a annoncé qu’elle l’avait revu. Elle était tombée sur lui, par hasard, dans une rue de Marseille.. Moins d’un mois plus tard, ils se sont donnés rendez-vous pour passer un week-end ensemble… J’ai détesté qu’elle te prenne pour un con, mais surtout qu’elle me le dise… elle savait à quoi elle s’embarquait si elle revoyait Vincent, et elle a pris son ticket sans hésiter. C’est à partir de là qu’elle a commencé à te mentir, et que je suis devenue sa complice. Contre toi. Je te demande pardon pour ça, Pierre Marie

P200 Aujourd’hui, sachant ce que je sais, je pense qu’elle voulait surtout dire : tu ne me suffis pas, Pierre Marie, et je n’arriverai pas à te le dire… Ce que je ne peux pas supporter, c’est qu’elle m’ait menti. Pendant deux ans. Pas une fois en passant, parce qu’elle n’aurait pas pu faire autrement à cause des circonstances. Pas une fois par accident, auquel cas elle se serait excusée le lendemain, aurait demandé pardon et aurait obtenu ce pardon. Qui n’a pas menti une fois, deux fois, cinq fois ? Non, elle a menti pendant deux ans. Sept cent trente jours et sept cent trente nuits. Ce qui m’épouvante, c’est la durée. Cela m’humilie. Ça n’infecte pas seulement ces deux années là pendant lesquelles je peux désormais mettre en doute tout ce que nous avons partagé, ou plutôt tout ce que je croyais partager avec elle. Non, ça se répand aussi par envahissement sur notre vie d’avant. C’est une marée noire. Non, Gloria, je ne veux aucun détail sur ces mensonges. Je ne veux savoir ni où, ni quand, ni à quelle occasion, ni de quelle façon j’ai été trompé… Il y a cette rage, mais il y a aussi le deuil que je dois faire maintenant de la Véra que j’ai aimée plus qu’aucune autre femme dans ma vie. Le deuil de sa personne disparue. Et pire : le deuil du souvenir que j’en avais. C’est d’une grande cruauté.

P205 ce qui me touche et me séduit dans les livres, les films, le théâtre, plus que les histoires elles-mêmes, c’est ce qui les habille. La façon dont on me les raconte, leur texture, le tissu dont elles sont tissées, leur grain comme on dit en photographie. Et ce grain-là, je le trouve dans vos mots, Adeline, vos histoires me plaisent, et votre manière de me les raconter aussi.

P216 je n’étais qu’un bloc d’amertume et personne ne l’a su..

P217 et pour finir, la question du super-banco… : Adeline, d’où tenez-vous ces lettres que vous m’avez envoyées dans la grande enveloppe ?

P226 je comprends ceci maintenant, Adeline : nous ne sommes pas les héros de notre propre histoire. Nous n’en sommes, vous et moi, que les seconds rôles. Les deux personnages principaux sont plus fous, plus romantiques, plus passionnés, en tout cas plus passionnants que nous. Ils ont été capables de s’aimer éperdument, de bruler leur vie, de se séparer (pourquoi, je l’ignore), de se saborder, de se retrouver après vingt-sept ans et de tout recommencer. Ils ont été capables d’être là, avec vous, avec moi, puis de nous quitter, de disparaitre, ils ont été capables d’être cruels avec nous. Ils ne sont pas raisonnables. Ils ne peuvent pas se satisfaire de tisanes (pardonnez moi) ni du jeu des 1000 euros à 12h45 ni du tac-tac de l’horloge quand les enfants ont quitté la maison. Il leur faut le feu et la déraison. Nous nous sommes trouvés sur leur passage, ils nous ont considérés, un peu, l’espace de quelques années, et ils se sont détournés de nous. Nous les aurons regardés passer dans nos vies.

P231 qu’ils se soient retrouvés par hasard ou pas, peu importe. Il n’y a pas de hasard, mais des occasions. L’année 2009 a été mon cauchemar. Vincent prolongeait ses séjours marseillais, oubliait de rentrer certains we, et j’ai compris qu’il me trompait. Au moins, dans votre aveuglement, vous avez échappé à ça, Pierre Marie : à l’humiliation de vous transformer en fouine… J’ai volé les clés du pied à terre que Vincent louait à Marseille. J’avais la certitude, ce jour-là, qu’il était retenu à Paris, et c’est moi qui ai pris le train. Je suis revenue le soir même avec le paquet de lettres…

P238 la dernière fois que j’ai vu Vincent, il avait trois valises à ses pieds. Il m’a dit qu’il partait en voyage, qu’il ne rentrerait plus, et qu’on aviserait plus tard pour l’appartement… et je vous le dis tout net, la seule personne que j’ai peur de perdre désormais est le mari de la femme qui est partie avec le mien…

P246 le mieux, à mon avis, c’est de ne plus en parler pendant quelques années, jusqu’à ce qu’on soit capables d’en rire (Pierre mari à  Josy)

P262 je me suis livré à un petit jeu : j’ai mis à la queue leu leu tous nos courriers, depuis le tout premier, fin février, jusqu’à celui-ci. Savez-vous qu’à ce jour vous m’avez écrit 62 fois et je vous ai écrit 61 fois ? Et si je demande à mon ordinateur le nombre de caractères que cela représente (on évalue comme ça le volume d’un texte dans l’édition), il me répond 852640, ce qui équivaut à mon plus gros roman.

P278 la dixième raison de trouver que la vie est belle : aller à un rendez-vous qui fait battre votre cœur.

 

POUR ALLER PLUS LOIN: RESUME, AVIS, AUTRES CITATIONS:

https://www.babelio.com/livres/Mourlevat-Et-je-danse-aussi/682293

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