GLOBALIA (JEAN-CHRISTOPHE RUFIN)

GLOBALIA (JEAN-CHRISTOPHE RUFIN) dans auteurs français globalia 

Gallimard, 496 pages

fini le 19 novembre 2004

4ème de couverture : Tu ne comprends pas, Kate. Ce sera partout la même chose. Partout nous serons en globalia. Partout nous retrouverons cette civilisation que je déteste.

 

Evidemment, Puisqu’il n’y en a qu’une ! Aurais-tu la nostalgie du temps ou il y avait des nations différentes qui n’arrêtaient pas de se faire la guerre ? Tu me récites la propagande que tu as apprise comme nous tous. Globalia, c’est la liberté ! Globalia, c’est la sécurité ! Globalia, c’est le bonheur !  Kate prit l’air vexé. Le mot de propagande était blessant. Moi, reprit Baïkal d’un  ton passionné, je continue à croire qu’il existe un ailleurs. 

Un grand roman d’aventures et d’amour, par l’auteur de l’Abyssin et de rouge Brésil (prix Goncourt 2001). Mais aussi une fable visionnaire sur la mondialisation. 

En globalia

On n’écrit plus, tout est informatisé

On vit vieux avec toute sorte de chirurgie esthétique

Une loi bannit toute utilisation industrielle des produits naturels (un des textes les plus anciens de globalia) : bois pour le papier, le cuir…

Les voitures roulent seules, elles ont l’anticollision, le radar latéral, le GPS…

La moyenne pour avoir des enfants est de 61 ans

Les feux sont interdits, l’oxygène élevé au rang de bien précieux

P16 Mais leurs efforts sur ces machines à muscler semblaient achever de les épuiser plutôt qu’ils en leur donnaient des corps d’athlètes.

P16 La célèbre devise globalienne : « liberté, sécurité, prospérité ».

P17 Notre salle est le plus grand équipement de randonnée couverte de l’Ouest.

P21 On entendait un gazouillis en hauteur dans les arbres : elle se demanda si c’était un véritable oiseau ou un haut-parleur dissimulé car la salle était habilement sonorisée.

P27 Plus personne n’aurait osé imposer aux autres une telle image de sénilité bourgeoise. Exhiber avec tranquillité son abandon à la lenteur, à la frilosité, aux marques que le temps imprime sur le corps ; Revendiquer ouvertement son mépris du mouvement, de la couleur, de la santé, en un mot des règles de vie sociale, était une insulte à la collectivité que tout autre aurait payé d’un rigoureux bannissement. Mais c’était Ron Altman.

P29 Ses lunettes ! Encore un accessoire d’un autre temps. Bien qu’il eut lui-même près de 87 ans, Sisoes n’aurait jamais eu l’idée de porter des lunettes. Tous les cinq ans, il subissait une petite opération correctrice et y voyait mieux qu’un jeune homme.

P29 Il s’agit d’un garçon, comme vous l’avez recommandé. Il a 20 ans et 14 jours. Une naissance délinquante, déjà. Sa mère a interrompu sa contraception sans autorisation. Je vous rassure. Nous avons contrôlé soigneusement : les gènes de la dépression sont absents. La mort de sa mère était un geste isolé. Vous connaissez la règle en cas de naissance illégale : mise en crèche immédiate et éducation renforcée.

P32 Plus grave est le rejet des compensations imaginaires : Désintérêt pour tout ce qui se passe sur les écrans, les info, les films, les docu, les pubs. C’est un cas typique de pathologie de la liberté.

P59 Puig savait, comme tout le monde, que ce genre de panneau publicitaire est souvent mixte, équipé de récepteurs de surveillance qui transmettent image et son.

P61 Puig n’était pas autrement surpris. Avec l’allongement de la vie en globalia, les pratiques charnelles requéraient de plus en plus de simulation. L’amour en public, grâce à maintes techniques pour voir sans être vu, était un classique du genre..

P66 chacun d’eux avait atteint, bien après l’enfance et l’age adulte, cette longue phase de la vie ou tous les organes sont changés un à un.

P66 L’agressivité, quand elle devenait clastique, entraînait l’intervention médicale, les sédatifs.

P66 « Globalia, ou nous avons la chance de vivre, proclamait le psychologue, est une démocratie idéale. Chacun y est libre de ses actes. Or la tendance naturelle des êtres humains est d’abuser de leur liberté, c’est à dire d’empiéter sur celle des autres. La plus grande menace sur la liberté, c’est la liberté elle-même. Comment défendre la liberté contre elle-même ? En garantissant à tous la sécurité. La sécurité c’est la liberté. La sécurité, c’est la protection. La protection, c’est la surveillance. La surveillance, c’est la liberté. »

P70 Toute la planète était commise à l’obligation de fournir chaque jour son quota d’accidents de transports, de meurtres, d’escroquerie et de colère des éléments…. Les victimes étaient les véritables vedettes de ces spectacles… Malgré le choc et la douleur, on percevait toujours dans leurs yeux le reflet d’un immense bonheur : celui d’acquérir un instant une existence réelle dans le monde virtuel.

P72 Les municipalités, dans les zones sécurisées, choisissaient le niveau de leur climatisation en fonction des desiderata des électeurs mais aussi, bien souvent, d’une tradition tenace. Des villes restaient froides parce qu’elles l’avaient toujours été, aux temps pourtant révolus et lointains ou elles étaient à ciel ouvert.

P81 Encore une chose disparue et délicieuse : les dates

P85 dites-moi franchement, avez-vous déjà vu des petits pois ailleurs que dans une boite de conserve.

P88 Il tapota sa poitrine : du neuf, du synthétique, de l’inaltérable ! Alors, je me rattrape. Saucisse sèche ?

P89 Vous continuez de rêver d’un monde ou les qualités que vous sentez en vous, le courage, l’imagination, le goût de l’aventure et du sacrifice trouveraient à s’employer. Et c’est pour cela que vous regardez vers les non-zones…. Après toutes ces années d’effort pour éradiquer l’idéalisme, l’utopie, le romantisme révolutionnaire, découvrir encore des esprits comme le votre relève vraiment du miracle…

P92 Le problème, je vous l’ai dit, c’est que les gens ont besoin de la peur… Pourquoi croyez-vous qu’ils allument leurs écrans chaque soir ? Pour savoir à quoi ils ont échappé… La peur est rare, voyez-vous. La vraie peur, celle à laquelle on peut s’identifier, celle qui vous frôle au point de vous cuire la peau, celle qui entre dans la mémoire et y tourne en boucle jour et nuit. Et pourtant, cette denrée-là est vitale. Dans une société de liberté, c’est la seule chose qui fait tenir les gens ensemble. Sans menace, sans ennemi, sans peur, pourquoi obéir, pourquoi travailler, pourquoi accepter l’ordre des choses ? Croyez-moi, un bon ennemi est la clef d’une société équilibrée. Cet ennemi-là, nous ne l’avons plus…. Nous sommes victimes de notre succès, en un sens. La protection sociale a bien travaillé. Les églises, les mosquées, les synagogues, les sectes, les banlieues, les associations sont truffées d’indicateurs. Tout est donc sous contrôle. Le danger, nous l’avons repoussé à l’extérieur, dans les non-zones. Mais les non-zones sont isolées, morcelées, à ce point bombardées que toute force organisée y a été aussi cassée…. Si nous voulons de bons ennemis, ce sera à nous de susciter des vocations. La votre, par exemple. Nous vous pourvoirons seulement de l’indispensable pour que vous puissiez survivre.

P94 Vous vouliez partir, n’est-ce pas ? Conclut Altman. Vous savez qu’il est tout à fait impossible d’y parvenir sans notre accord. Et bien, vous l’avez !

P95 Il nous faut trouver tous les moyens pour vous aider… à nous haïr.

P98 Pour un suivi efficace des populations, suivi qui permettait d’harmoniser toutes les données économiques en fonction des besoins, la grossesse était désormais un « événement à déclaration obligatoire » très strictement réglementé.

P98 L’harmonie sociale avait pour fonction d’achever la grande révolution démographique jusqu’à atteindre peu à peu l’objectif « mortalité zéro, fécondité zéro ». Grâce à cette politique, la jeunesse était extrêmement réduite en globalia ; elle avait perdu le rôle de classe dominante et de modèle social.

P100 On avait réservé pour elle une chambre dans le service le plus gai : celui de cancérologie. Elle voyait tous les patients ressortir de là en pleine forme.

P104 En globalia, la beauté était devenue u idéal accessible à tous, à force de temps et d’efforts, grâce au maquillage, à la chirurgie et surtout à la tolérance qui avait déplacé les canons de la beauté vers la maturité et sa richesse.

P119 La presse est libre et responsable. Quand une vérité se dégage, il faut la respecter…. Vous voyez d’ici la une de demain : l’attentat a été commis par deux individus blonds dans une voiture de la protection sociale. Autant faire plus court d’ailleurs : l’attentat a été commis par la protection sociale…

P127 Des émetteurs magnétiques, dits canons à beau temps, tenaient les nuages à distance… Quand les pluies étaient rendues nécessaires pour un ajustement hygrométrique des sols, la population était dûment prévenue, la journée chômée et tout le monde restait chez soi, pendant que se déversaient d’intenses et brèves averses.

P132 Il tourna le poignet gauche en direction de l’homme et déclencha vers lui une courte salve de rayonnements défensifs.

P134 Alors, t’as du rhum à faire fondre toi ?

P137 Baïkal avait envie d’accepter. Le tabac avait totalement disparu de Globalia à l’exception des clubs ou des amateurs se réunissaient pour pratiquer ce qui était désormais considéré comme un sport à risque…

P153 Tout l’effort des industriels avait porté pendant des années sur la suppression de la mastication. Pour satisfaire les besoins d’une clientèle de plus en plus âgée, dont les bouches étaient coûteusement garnies de porcelaine, tous les aliments étaient mous, liquides et fondants.

P156 mais cette exaltation (de lui écrire) fut de courte durée. Elle se fracassa contre une autre idée toute simple : il n’avait rien pour écrire. Comme tout le monde, il avait toujours utilisé le convertisseur de voix et n’avait nul besoin d’autre chose. Son multifonction était verrouillé.

P170 Des médicaments amnésiants leur permettraient d’évacuer tous les souvenirs qu’ils auraient pu conserver de cette incursion.

P182 Puig découvrit le mot Walden ainsi que le sous-titre, la vie dans les bois et le nom de l’auteur, Hanry David Thoreau.

P184 Globalia garantissait en son sein la dignité et les droits de toutes les formes de minorités. Si bien qu’en l’attaquant, on se rendait coupable d’une agression contre tous. On ne se comportait pas autrement que les terroristes qui dynamitaient le système.

P187 Mais Thieu lui avait expliqué que l’écrit, en raison de sa diffusion confidentielle, bénéficiait d’une grande tolérance de la part de la protection sociale.

P187 La privatisation des rues en faisait de vastes espaces publicitaires.

P192 Les tests montrent que le taux de couverture médiatique aujourd’hui est déjà de 72%. Cela nous permet de supposer raisonnablement que dès demain plus de la moitié des personnes interrogées seront capable de reconnaître le Nouvel Ennemi parmi une liste de suspects.

P195 Nous cherchons la haine, pas le mépris. Il faut qu’il soit pris au sérieux. C’est pourquoi nous envisageons d’organiser rapidement la fuite de quelques documents soigneusement élaborés par nos soins. Ils prouveront que le Nouvel Ennemi a été actif et nuisible dès son plus jeune age.

P201 Il ne s’agit plus de repérer un adversaire mais de le produire. Le produire de A à Z.

P210 Baïkal n’est pas un terroriste ! Il a été enlevé, vous m’entendez dit Kate à Puig.

P213 Pour aider Baïkal, il nous faut redoubler de patience et de ruse. D’abord, nous devons essayer de savoir ce qu’il y a derrière cette affaire. Qui a intérêt à inventer ces calomnies, qui les diffuse ? A qui profitent-elles ?

P219 En globalia, le passé était englouti au fur et à mesure. Un mois paraissait aussi lointain qu’un siècle. Les titres de l’actualité disparaissaient d’une semaine à l’autre.

P222 L’anglobal qu’on y parlait était neutre et appauvri et avait chassé toutes les autres sonorités. Les non-zones étaient tout au contraire des lieux ou coexistaient un nombre incroyablement varié de langues.

P232 En globalia la musique était omniprésente, dans les rues, dans les bureaux, sur touts les écrans. Mais ce torrent de notes semblait se générer lui-même. Il ne dépendait de personne, n’appartenait à personne.

P234 EN globalia les pièces de monnaie avaient été depuis longtemps remplacées par les transactions virtuelles, à l’aide de multifonctions ou des cartes.

P236 Il en avait entendu parler des puits d’ozone, parcelles de foret tropicale soigneusement préservées en raison de leurs rôles dans la production de ce gaze. Les globaliens ont donné à fraiseur un contrat pour entretenir un puits d’hauzaune.

P262 Baïkal fut traversé par une autre idée, qui acheva de l’inquiéter. Tertullien était jeune. Jamais, en Globalia, la puissance ne serait allée à quelqu’un qui n’aurait pas lentement mûri jusqu’à atteindre un age de grand avenir.

P275 Les livres sont morts dans leur graisse. Chaque fois que les livres sont rares, ils résistent bien. A l’extrême, si vous les interdisez, ils deviennent infiniment précieux. Interdire les livres, c’est les rendre désirables. Toutes les dictatures ont connu cette expérience. En globalia, on a fait le contraire : on a multiplié les livres à l’infini. On les a noyés dans leur graisse jusqu’à leur ôter toute valeur, jusqu’à ce qu’ils deviennent insignifiants.

P277 Il n’y a que deux dimensions en globalia : le présent, c’est-à-dire la réalité, et le virtuel ou l’on fourre tout ensemble l’imaginaire, le futur et le peu qu’il reste du passé. Quand on étudie l’histoire, continuait le vieil homme, on découvre une vérité toute simple, c’est que le monde n’a pas toujours été tel qu’il nous apparaît. Il y a beaucoup d’informations sur les périodes anciennes dans les archives. Mais plus vous vous approchez de globalia, plus elles se raréfient. Aujourd’hui, pour ainsi dire, l’histoire de globalia s’écrit tous les jours sur les écrans avec les films, les reportages, les docu en tout genre. Une image chasse l’autre et nul n’aurait plus l’idée d’embrasser tout cela dans la continuité. Surtout sur papier.

P279 Officiellement, comme vous le savez, les non-zones n’ont pas d’histoire puisqu’elles sont considérées comme vides ou presque.

P282 Cette villa faisait étalage de ce qui est désormais le bien le plus rare : l’espace. L’immense majorité des globaliens s’entassait dans des logements chers et minuscules.

P295 Le passé est un immense réservoir d’idées nuisibles : tyrannies, conquêtes, colonisation, esclavage. Tous les crimes sont dans l’histoire et se tiennent prêts à en ressortir. Ainsi, dans une démocratie universelle et parfaite comme Globalia, était-il indispensable de placer la mémoire à la garde d’un corps spécialisé.

P296 Le bureau d’identification de la menace a l’habitude de faire ce boulot là. On observe attentivement les deux camps qui s’affrontent et on voit comment chacun s’y prend. Il y en a toujours un qui est plus insolent, agressif, moins adroit. On déclare que celui-là est le méchant. Peu importe qu’il ait tord ou raison en réalité. Après, on met la machine en route. Tout doit être utilisé pour noircir le méchant :les écrans l’accusent de voler, de violer, de piller ;.. Et l’autre, le gentil, on vous l’habille vite fait en parfaite victime.

P300 Le risque, selon nous, c’est qu’il entraîne la fille là-bas. C’est plein de gens qui fouillent, qui fouinent, qui ont un sale état d’esprit….Doit-on faire une descente dans cette association pour leur ôter toute envie de se mêler de cette affaire ?

P302 Cet ex-journaliste, reprit Patrick, est un pauvre garçon sans travail, sans relation, sans moyen. Laissez le distraire cette petite…Ils savent que nous les tolérons et ils se tiennent à carreau. Laissez les tranquilles aussi… Les politiques n’ont aucun pouvoir

P306 Apparemment, ma photo circule partout. D’après ce que je comprends, ils ont essayé de me faire porter le chapeau pour l’attentat… A moins qu’ils ne m’aient fourré là-dedans, il désigna le bracelet puis le sac, une balise qui leur permet de me suivre…

P330 Ce programme peut être résumé en trois points :

-          Séparation stricte et définitive entre ce qui devra constituer Globalia et ce qu’il faut rejeter à l’extérieur.

-          Destruction de toute forme d’organisation politique hors de globallia

-          Maintien d’un  haut degré de cohésion sur tout notre territoire grâce à une forte armature de sécurité intérieure.

Toutefois, on ne saurait insister sur l’importance des mentalités. La cohésion en globalia ne peut être assurée qu’en sensibilisant sans relâche les populations à un certain nombre de dangers : le terrorisme bien sur, les risques écologiques et la paupérisation. Le ciment social doit être la peur de ces trois périls et l’idée que seule la démocratieglobalienne peut leur apporter un remède.

P331 Le droit à l’histoire a ainsi été remplacé par le droit à la tradition, fixant à chacun le petit nombre de « références culturelles standardisées » que nous connaissons aujourd’hui. Toute liaison entre le temps et l’espace a été radicalement coupée à partir de cette époque : la relation entre les peuples, leur histoire et leur terre a été déclarée notion antidémocratique. L’idée que les non-zones aient pu être le théâtre d’une autre évolution historique a été éradiqué… « elles ne sont pas globalia », « elles ne sont pas humaines », « elles n’existent pas du tout ». C’est ainsi que le terme de non-zones s’est imposé.

P333 Puig et Kate lurent le texte intitulé « abolition de la nationalité ». ils permettaient à toutes les populations vivant en Globalia de jouir des mêmes droits.

P335 Ceux qui, par leur profession, peuvent entrer en contact avec les non-zones doivent se soumettre à un contrôle psychologique rigoureux.

P336 Globalia ne couvrait pas le monde entier mais correspondait à un territoire, ou plutôt des territoires, des îlots plus ou moins groupés..

P337 Baïkal avait fait une grave erreur quand il avait entraîné Kate à fuir par la salle de trekking. En choisissant cet équipement très moderne, ils étaient tombés sur un territoire hautement sécurisé ; Il existait au contraire des zones de moindre surveillance, des lieux plus périphériques et plus vétustes ou la séparation était encore en chantier.

P338 Oui, je pense que vous auriez moins de mal, vous, à le rejoindre.

P349 Près des installations globaliennes, dit Hélen en montrant le haut de la carte, on trouve principalement les mafieux. Ils ont le contrôle des relations avec Globalia.

P351 Depuis la séparation, reprit-elle, les armes sont la seule denrée que Globalia exporte en grande quantité vers les non-zones.

P353 Ce qu’il nous manque, c’est la connaissance de l’ennemi… Il faut quelqu’un qui connaisse les deux mondes.

P356 Elle avait quitté son travail pour se consacrer à la quête de Baïkal et recevait une allocation équivalente à son précédent salaire, sans durée, sans limite de durée. Depuis les nouvelles lois sur « l’équivalence travail-loisirs », le mot archaïque chômage était officiellement banni. Chacun était libre de remplir une occupation, jadis appelé travail.

P357 Dans un monde ou attenter à la liberté d’autrui était le péché suprême, la limitation des possibilités d’un individu, que la notion de mariage contenait explicitement, n’était guère acceptable.

P359 Les vêtements étaient désormais conçus en matériaux modernes, thermoréglables, auto-néttoyants. Ils pouvaient changer à volonté de motif par une simple opération de paramétrage.

P365 Si les réalisateurs utilisent une petite jeunette fraîche comme toi, ils ont tout le monde sur le dos : les ligues anti-pédophiliques trouvent qu’ils encouragent les goûts suspects ; les féministes estiment qu’ils proposent aux femmes un modèle élitiste et fasciste : jeunesse, beauté et santé naturelles. Les syndicats de chirurgiens pensent qu’ils sabotent leur travail. Bref, plus de jeunes. Et le goût du public s’y est fait. La plupart des gens aiment la beauté construite. C’est comme ça qu’on appelle les vieilles.

P367 C’est cela une société démocratique : tu es libre de tout mais tu es coupable de tout. Et pour finir, tu es victime de tout.

P375 Mais comment leur avouer qu’il était une créature née de l’esprit pervers d’Altman ? S’il le leur annonçait, qu’allait-il advenir de lui ? Il serait méprisé, rejeté. Peut-être se vengeraient-ils ? S’il perpétuait l’illusion, il mènerait ces gens sincères à la mort et les tromperait gravement sur leurs forces. Altman avait décidément bien conçu le piège dans lequel il l’avait précipité.

P388 Le K8 vient des non-zones ?

Bien sur ! Les gens pensent que c’est un carburant propre. Mais personne ne leur dit qu’il est produit à partir du pétrole. Sa fabrication est très polluante et les installations sont situées dans des sites lointains, disséminés au milieu des non-zones. Le mafieux continua : l’essentiel des importations en provenance des non-zones concerne des produits illicites. Comme ces hangars plein de sacs de cocaïne.

P420 Patrice (neveu d’Altman) ne le trahissait pas lui (Tertullien), il trahissait la protection sociale. Dans quel but ?

P426 Ceux qui oubliaient l’anniversaire de la fête globale du 17 juillet étaient immédiatement convoqués pour subir des tests de mémoire approfondis et recevoir un rappel du vaccin anti-sénilité.

442 Il était évident qu’elle n’avait pas pu échapper seule au contrôle de Globalia. L’ombre d’Altman planait encore sur tout cela. Quels pouvaient être ses desseins ?

p447 Patrick, fit Altman, je te présente Gus Fowler.  Rien de ce qui se mange en Globalia ne lui échappe. De l’industrie agrochimique au restaurant du coin, tout est à lui…Alec Himes était le roi du système bancaire et des assurances, personnage familier sur tous les écrans. Muniro : son nom ornait la plupart des véhicules de Globalia et l’on savait que toutes les marques lui appartenaient. Les véhicules privés et les transports collectifs, les engins de chantier et les véhicules militaires…

p449 Laurie, l’arrière petite fille du grand bill, la célèbre héritière du groupe Minisoft, la maîtresse incontestée d’un empire qui contrôlait tout ce qui en globalia, était électronique, informatique, télécommunication et presse…. J’ai un gros problème avec mon clone-rechange, disait-elle. On a du me greffer son cœur de toute urgence il y a trois mois.

P451 une autre femme, Pat Wheeler, propriétaire de la SOSO-GECCO, immense secteur des travaux publics et de la construction.

P454 Muniro ajouta : la campagne du « nouvel ennemi » qu’Altman a lancée dans la nature est apparemment en possession de documents très confidentiels et très dangereux, s’ils tombent aux mains de gens mal intentionnés…. Toi et ton neveu ici présent, vous avez été jusqu’à organiser la défaite d’un de nos alliés dans les non-zones, un de ces combattants loyaux et fidèles sans lesquels nous ne pourrions pas garder Globalia en sécurité.

P456 Les documents confidentiels que vous craigniez de voir passer en non-zones sont ici !.. Ces documents révèlent trois types d’informations :

La première, est une liste d’installations sensibles. La destruction ciblée de ces lieux pourrait avoir d’immenses conséquences et paralyser durablement l’activité. Un exemple : tous les centres de régulation de l’énergie électrique, vous le savez sans doute, ont été regroupés…La deuxième sorte d’informations concerne les non-zones. Ici même, au sein des régions les mieux protégées, demeure toute une coulisse de lieux abandonnés ou croupissent des gens dont Globalia prétend ignorer l’existence. De petits groupes, dans ces non-zones isolées, tentent de s’organiser. Les attentats, que certains attribuent bien à tord à la protection sociale, sont en vérité fomentés par ces petites bandes criminelles.. Dernier groupe d’informations, ces documents livrent de longues listes de personnes qui, ici même, continuent de nourrir contre Globalia des sentiments hostiles. Beaucoup de jeunes, bien sur, mais aussi des gens très âgés, à vrai dire toute sorte de personnes qui rejettent les principes de Globalia et contestent qu’elle soit une société idéale.

P460 La grande utilité de Baïkal, martela Ron Altman, a été de nous permettre de démasquer les menaces intérieures. Il nous a conduit, à son insu bien entendu, jusqu’à ceux qui, ici même, en globalia, menacent le système et complotent contre lui. Nous avons saisi les documents au moment ou ils allaient passer entre les mains de Baïkal. Il y a longtemps que la protection sociale a des soupçons concernant l’association Walden. Alors, j’ai eu l’idée de cette petite provocation. La bombe, c’était vous ? S’écria Pat Wheeler. Nous avons lancé le nouvel ennemi, reprit Altman. Ce n’était pas le plus difficile. L’essentiel était de trouver quelqu’un qui fit le lien avec Walden… Un de mes amis, Stuypers, le rédacteur en chef de l’universal Herald m’a mis sur la piste d’un de ses jeunes stagiaires, un certain Puig Pujols… Quand les gens de Walden, après quelques réticences, ont compris qu’ils pouvaient, par lui, avoir accès au nouvel Ennemi dont ils entendaient parler par les écrans, ils sont sortis du bois. Ils ont préparé ces documents mais ce n’était pas encore suffisant. Nous voulions les suivre jusqu’au bout, pour être bien certain qu’ils étaient destinés au nouvel ennemi, pour qu’il ne subsiste aucun doute sur leurs intentions hostiles. Voilà pourquoi Patrick a envoyé un hélicoptère cueillir les documents au tout dernier moment. Puisque Tertullien est détenu par la Protection sociale, il pourra vous le confirmer.

Extraordinaire, s’exclama Gus, du grand boulot !

P463 Voilà pourquoi, malgré ses soupçons, la protection sociale ne pouvait rien faire. L’un d’entre nous protégeait les activités de Walden (Paul Wise). Or, la règle de notre compagnie est que nous sommes seuls à pouvoir régler entre nous nos affaires. Toute l’assemblée continuait à dévisager Paul Wise.

P484 N’oublie pas mon conseil, poursuivit le vieillard. La victoire sur Walden est provisoire. D’autres viendront sûrement, qui reprendront le flambeau. C’est le propre de Globalia de dissoudre tout le monde dans son grand bain tiède. Mais il reste toujours au fond du tube un précipité de gens qui ne se résignent pas.

Commentaires de Ruffin

P494 J’ai été amené à remettre en question la prétendue fragilité de la civilisation démocratique. De loin, j’allais dire « d’en face », on est au contraire frappé par son extraordinaire puissance, sa stabilité, sa capacité à se nourrir de ses ennemis, au point qu’elle ne s’est jamais si bien portée que pendant la guerre froide et n’a jamais connu un plus grand désarroi qu’au moment de la disparition de l’adversaire soviétique.

Un roman ne peut en aucun cas se réduire à l’exposé d’idées ou de faits. Certains universitaires ont du mal à le comprendre et poursuivent les romanciers de leur vindicte parce que leurs recherches portaient sur les mêmes sujets. Ils s’estiment les véritables auteurs des œuvres de fiction qui utilisent leurs travaux dans leur documentation. Entre une thèse sur l’histoire de Carthage et Salammbô, il y a la distance entre une pierre brute et une pierre taillée. Le romancier, même s’il n’a pas la prétention d’égaler Flaubert, a pour responsabilité d’animer la matière, d’y insuffler l’esprit. Il doit convertir les problèmes en affects, les mouvements en désirs, les ruptures en tragédies, les actes en délibérations de consciences libres. Et surtout il faut qu’à la raideur glacée des choses, il ajoute la souplesse purement humaine de l’humour et de la dérision…

Dans le monde de Globalia, qui n’est autre que celui d’une démocratie poussée aux limites de ses dangers, je n’aurais, moi aussi, qu’un désir : m’évader. La fuite, telle devait donc être ma place.

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